La Critique

Baraz, ces murs dans la tête

Film : Baraz Gaston Valayden Maurice / 2010 / Fiction / 7’   Nous sommes tous égaux face au cyclone. A ceux qui ont tendance à l’oublier, la Nature adresse périodiquement, de cinglants rappels. Baraz, film de Gaston Valayden est venu nous rappeler à quel point nos destins se ressemblent, à l’aide de quelques feuilles de tôle et de beaucoup de pluie.   En moins de dix minutes, le réalisateur expose un communalisme couleur locale. Un sujet que Gaston Valayden, auteur, metteur et comédien avait déjà abordé dans une pièce et qu’il condense avec une dose de surréalisme dans son film. Pas le communalisme qui passe des mots d’ordre dans les meetings publics en période de fièvre électorale. Mais celui tapi au fond des comportements banals du quotidien.   Le communalisme des petites gens vivant misérablement, avec vue, en arrière-plan, sur une zone plantée de buildings modernes défiant le vent. Celui qui fait que deux voisins poussent le volume de leur radio à fond, au risque de s’abrutir. C’est leur manière de crier l’un plus fort que l’autre. C’est pour Baraz, une façon de montrer que le communalisme est un abrutissement, un refus de la raison.   Un refus de l’Autre, Mauricien aussi, mais que son voisin voit – sans mauvais jeu de mot – tout en noir, à cause de ses goûts musicaux clairement démarqués. Sur fond de match Elvis Presley v/s chanson extraite d’un film indien, Baraz joue sur l’incompréhension totale de gens qui vivent côte à côte. Le spectateur, face à ces deux musiques entrées en concurrence, en ressort avec une impression de chaos. Ce n’est plus qu’un bruit, une cacophonie qu’écoutent ces voisins qui font semblant de s’amuser au plus fort du cyclone.   Seul compte pour eux, malgré le ridicule de leur corps se déhanchant sous la pluie comme des pantins, l’affirmation d’une appartenance à un « nous ». Un « nous » pétri d’absurdité, qui nous montre des voisins préoccupés par qui fera le mur, le « baraz » (barrage) le plus haut, alors que leurs cases sont aussi précaires l’une que l’autre. Un « nous » qui pêche par orgueil, au point où l’un des voisins préfère grelotter sous la pluie alors que sa maison a été démolie par le vent, plutôt que de partager un abri précaire, avec son voisin.   Cette absurdité menace, comme le cyclone, de s’abattre sur la prochaine génération. Celle des enfants des deux familles voisines, qui fréquentent le même collège. Le film nous montre qu’ils sont amis, qu’ils ne sont pas encore fouettés par les rafales du communalisme…jusqu’au moment où ils rentrent chez eux. Jusqu’au moment où les parents les voyant ensemble, les font rentrer tous penauds. Dans Baraz, le salut ne peut venir que d’eux. De la main tendue du voisin à son voisin.   Aline Groëme-Harmon      

Île Courts 2010 Atelier critique de cinéma animé par Jacques Kermabon 6>10 octobre 2010
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